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mar 2016

L’entreprise, un modèle à ré-inventer

L’entreprise capitaliste est à l’origine d’une élévation du niveau de vie sans comparaison dans l’histoire de l’humanité. Ce n’est pas lui faire injure que d’affirmer que la déshumanisation y a fait des ravages depuis près d’un demi-siècle. Milton Friedman y a une large part de responsabilité, qui a été à l’origine de l’idéologie de l’actionnaire tout-puissant, et surtout ayant tous les droits. S’en est suivi un culte du résultat censé symboliser la justification de l’entreprise et sa raison d’être.

Cet état de fait appelle plusieurs remarques :

  • La justification de l’entreprise, qui est en même temps sa seule garantie de pérennité, est la création de valeur, non pas d’abord pour l’actionnaire, mais au service des clients,
  • Les entreprise sont mortelles et, le plus souvent, elles meurent d’arrogance, c’est-à-dire des certitudes que le succès a fait naître et qui laissent croire à leurs dirigeants qu’ils ont « trouvé la martingale éternellement gagnante ». Une erreur qui trouve son origine dans une focalisation trop exclusive sur les problématiques internes, telles que la réduction des coûts,
  • La maximisation du résultat financier ne saurait être un objectif en soi. Un résultat, par définition, résulte. Il témoigne du fait que l’on a bien appréhendé les attentes de clients potentiels et que l’on a su y répondre efficacement. Prendre le résultat comme objectif conduit à perdre de vue client, fournisseur et collaborateur,
  • La transparence devient, internet aidant, un passage obligé. les exemples se multiplient de dirigeants pris au piège de leurs omissions ou mensonges. L’entreprise peut de moins en moins « faire semblant ».
  • L’instrumentalisation des hommes, « forcés » dans un rôle ou une mission qui n’ont à leur yeux pas de sens profond, est source de démotivation et de gâchis humain.

Dans un contexte de concurrence devenue mondiale et d’évolution technologique accélérée, l’agilité de l’organisation et sa capacité à innover et à se réinventer reposent sur la mobilisation des hommes et des équipes. La reconnaissance des hommes, le respect et, ce qui en est indissociable, l’exigence à leur égard (peut-on dire que l’on respecte si l’on ne cherche pas à faire grandir ?) sont des passages obligés de l’intelligence collective.

Il ne faudrait cependant pas « jeter le bébé avec l’eau du bain ». Un certain nombre d’ouvrages d’actualité vantent la réussite d’entreprises « non conventionnelles » en ce sens qu’elles semblent parfaitement réussir en restant focalisées sur leurs clients et leurs marchés, en ne mettant pas en avant un objectif de résultat, en restant mobiles et en prenant en compte les contraintes d’un environnement au sens le plus large de plus en plus exigeant : elles sont qualifiées de « libérées », « démocratiques », « opale »…1 Elles ont en commun un trait de caractère, la cohérence.

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