29

fév 2016

Pour une gouvernance durable

Propos d’Olivier Lajous, ancien DRH de la Marine Nationale.

Mon expérience et mes convictions convergent sur les « amers » d’une gouvernance durable, au double sens de pérenne dans la durée et de respectueuse de l’environnement au sens large : une gouvernance fondée sur une écologie humaine.

Le premier amer est sans conteste la clarté de la mission de l’entreprise
…savoir qui l’on est, qui l’on veut être. La boussole qui permet à l’ensemble des collaborateurs de se repérer, d’exercer sa liberté pour prendre décisions et initiatives. En notant que cette mission doit être régulièrement revisitée, pour se la remettre en mémoire et pour en actualiser, dans un monde en évolution, la traduction.

Le deuxième amer donne son relief à la mission
…c’est celui du temps long : situer les décisions importantes dans une perspective. Refuser de devenir le jouet des circonstances ou des urgences. Le propre, en définitive, de l’entrepreneur qui vise haut et se donne le temps de concrétiser son idéal.

Le troisième amer concerne, dans un groupe d’une certaine importance, la conciliation du global (la mission) et du local
…cela signifie le respect du client que l’on rencontre très concrètement sur le terrain, et reflète le mandat confié au responsable local pour traduire la mission à son niveau. La liberté sans laquelle la responsabilité perd sa signification.

Le quatrième amer a trait à l’instance de gouvernance
…un lieu où le questionnement est souhaité, où l’instance dirigeante peut partager ses interrogations, rendre compte de ses difficultés, trouver des éclairages inédits. Cela signifie tout à la fois professionnalisme des membres, transparence, pédagogie, ouverture… jusque et y compris dans le renouvellement des mandats. Un lieu de confiance et d’intelligence collective.

Le cinquième amer tient au souci permanent, chez le dirigeant comme dans la vie de l’instance de gouvernance, de l’humilité

…l’arrogance, souvent fondée sur la réussite, mène à l’oubli de la mission, à l’aveuglement sur les évolutions des attentes, sur la méconnaissance des changements à prendre en considération pour le plein accomplissement de la mission. L’humilité est en même temps l’articulation entre le Je du dirigeant et le Nous de l’organisation, entre l’exigence et le respect.

En définitive les traits d’une gouvernance saine doivent s’inspirer des lois de la Vie, avec ses incertitudes, ses aléas, ses questionnements. Savoir revenir à l’intuition du fondateur, qui, à travers la concrétisation d’une vision, a voulu changer le monde. Avoir l’intelligence d’écouter son environnement. Respecter ceux qui sont embarqués dans cette aventure humaine collective qu’est l’entreprise, dont la finalité est un « grandir » à travers exigences et défis relevés. Souder une communauté de mandants ou d’actionnaires réunis autour d’un projet.

OLIVIER LAJOUS, ancien Amiral, DRH de la Marine et DRH de l’année en 2012, il est aujourd’hui conseil de la famille Mulliez. Il est l’auteur de « l’Art de Diriger » aux éditions L’Harmattan et de « L’Art du temps ».