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juin 2015

L’art de la stratégie : vision, recul et cohérence

Laisser planer le doute, perturber les habitudes et le rythme du temps du concurrent ou de l’adversaire sont les deux leviers d’action du stratège. Le stratège est donc celui qui sait conjuguer habilement l’incertitude et la foudroyance. Au-delà des deux principes de la stratégie, quelles attitudes doivent guider le stratège dans sa réflexion et son action ?

Se connaître

Pour pouvoir aller sans risque de perte de soi à la rencontre des autres, entrer dans un rapport stratégique et construire un projet, il faut avant toute chose se connaitre non seulement soi-même en tant qu’individu mais aussi soi en tant que groupe : quelles sont mes forces et mes faiblesses, celles de mon groupe ; quelles valeurs motivent et guident mon action et celle de mon groupe, quelle est ma capacité à faire face à tel ou tel événement, et celle de mon groupe.

Connaître l’Autre

Pour Sun Tzu, le sommet de l’excellence dans l’art de la stratégie guerrière est de subjuguer son adversaire sans le combattre directement, en utilisant les ruses et stratagèmes de l’incertitude pour désamorcer la violence. Ainsi la stratégie n’est pas bonne en soi, elle ne l’est que par rapport à celle d’un concurrent ou d’un adversaire. La première chose à faire pour le stratège est donc de connaître de la manière la plus précise possible les stratégies que tentent de développer ses concurrents et ses partenaires potentiels.

Voir la réalité

Le réel, c’est précisément ce qui échappe le plus souvent à l’homme. Sa nature le conduit, en effet, à interpréter les faits du monde qui l’entoure en fonction de ses propres perceptions alors qu’il devrait s’efforcer de s’en tenir aux faits eux-mêmes, à la réalité des situations sans les juger au point de les transformer. Ce combat contre sa subjectivité affective ou émotive est pour le stratège un défi permanent.

Mesurer les risques

Le coût de l’indécision est beaucoup plus important que celui d’une erreur éventuelle. Une décision est toujours un choix risqué et, une fois prise, elle appartient au passé. Rien ne sert d’y revenir, tout en étant capable de changer de cap si l’analyse des risques montre qu’il y a danger à poursuivre la route tracée.

Veiller

Veiller, c’est s’assurer en permanence de la pertinence et de la diversité des informations recueillies, de la crédibilité de leurs sources.

Alors qu’est-ce qui caractérise le stratège ?

Le stratège a une vision. Il doit savoir ce qu’il veut, le dire, le faire et conduire ses équipes en leur proposant un pourquoi vivre qui leur permettra de se réaliser. Il doit gagner la confiance et l’estime de ses équipes par une pratique intelligente de l’autorité et de la discipline.

Le stratège a du recul. Il doit prendre le temps d’analyser la finalité de sa mission avant de chercher à élaborer des modes d’action. Son objectif est de gagner la guerre et non une seule bataille. Il doit donc user de son intelligence pour voir loin et se concentrer pour obtenir les renseignements critiques au plus tôt.

Le stratège est le gardien de la cohérence. Il est celui qui sait pratiquer l’art subtil qui consiste à conjuguer en permanence de nombreux paramètres internes et externes en vue de faire aboutir un projet commun reposant sur des valeurs partagées qu’il convient de promouvoir et de défendre afin d’assurer la pérennité du groupe.

 

OLIVIER LAJOUS, ancien Amiral, DRH de la Marine et DRH de l’année en 2012, il est aujourd’hui conseil de la famille Mulliez. Il est l’auteur de « l’Art de Diriger » aux éditions L’Harmattan et de « L’Art du temps ».